Portrait de Claire Bertin, psychomotricienne, formatrice et danse-thérapeute à Grenoble

Forte de plus de 25 ans d’expérience, Claire Bertin incarne une psychomotricité où la précision technique se met au service d’une profonde humanité. Son parcours mêle une pratique de danseuse et un héritage familial tourné vers l’autre, deux fils qui ont façonné son identité de soignante. Son approche, qu’elle qualifie d’intégrative, refuse de séparer le corps de l’esprit, ou l’individu de sa culture. Pour elle, soigner, c’est faire dialoguer sans cesse la précision du geste et sa profondeur symbolique.

De la danse au service public : la genèse d’une vocation

Adolescente déjà, Claire trouve dans la danse un espace où se déployer pleinement. Cette expérience du corps comme moteur de mieux-être est renforcée par l’influence de sa mère, enseignante spécialisée toujours en quête d’outils créatifs pour ses élèves. C’est ce double héritage qui l’oriente naturellement vers la psychomotricité.

Après ses études à Paris, elle choisit de consacrer sa carrière à la psychiatrie et à la pédopsychiatrie hospitalières. Elle y développe un attachement fort au travail d’équipe, qu’elle considère comme le seul véritable soutien pour porter la complexité des souffrances psychiques.

C’est cette immersion clinique prolongée qui va tout changer. Claire prend conscience que les mots seuls ne suffisent pas à comprendre une personne dans sa globalité. Elle part alors en quête d’outils plus fins pour décoder ce qui se joue entre le corps et la psyché, une recherche qui la mène vers les concepts d’intégration.

 

La psychomotricité intégrative : de la matière à l’imaginaire

 

Cette approche intégrative marque un tournant dans sa pratique. Elle lui permet de dépasser le simple geste technique pour aller chercher ce qu’il représente. Redonner du sens au mouvement, c’est ainsi accompagner une transformation durable chez le patient, et l’aider à se réapproprier sa propre histoire.

Sa rencontre avec le Dr Benoît Lesage, danse-thérapeute près de Besançon, est décisive. Pendant cinq ans de formation, elle apprend à lire le mouvement sous quatre angles complémentaires : biomécanique, émotionnel, structurel et symbolique.

Forte de cette formation, Claire définit le processus intégratif comme une boucle : le soin consiste à accompagner un cheminement qui part d’une sensation brute, devient une émotion, puis une pensée, avant de se transformer enfin en parole. Elle illustre cette idée avec un exemple simple, celui de la marche : avancer, c’est se projeter vers l’avenir, tandis que reculer sollicite plutôt la mémoire et le passé.

Pour aller plus loin, elle se forme également au psychodrame de groupe, une méthode qui utilise le jeu et la spontanéité pour remettre la psyché en mouvement. Rejouer une situation difficile devant un groupe permet une forme de libération : une mémoire corporelle figée peut alors devenir un récit que la personne s’approprie.

 

La méthode GDS et les chaînes musculaires : lire le corps en mouvement

C’est là que se trouve l’une des grandes forces de sa pratique : passer d’une observation statique à une lecture dynamique du corps. En comprenant comment les tensions musculaires réagissent à la vie émotionnelle, Claire parvient à ouvrir des postures qui fonctionnent parfois comme de véritables armures psychiques.

Pour cela, elle s’appuie sur la méthode GDS (Godelieve Struyf-Denys), qui envisage le corps comme un ensemble de « familles » musculaires. Quand tout va bien, ces familles se répondent en équilibre. Mais dans certaines situations, l’une d’elles prend le dessus et crée des chaînes de tension qui bloquent la posture. Avec Cédric Carré, Claire a d’ailleurs co-créé un protocole pour observer ces réactions en plein mouvement, plutôt que dans l’immobilité des bilans classiques.

Pour contourner les résistances en séance, Claire utilise des supports concrets comme les gros ballons, qui aident le patient à se déposer et à retrouver progressivement vers cette sensation d’enroulement. Et quand les mots restent bloqués, elle propose le photolangage, une technique qui aide à mettre en images ce qui ne peut pas encore se dire. Cette attention au corps de chaque patient s’élargit tout naturellement à sa dimension culturelle, un point essentiel quand il s’agit d’accompagner des personnes exilées.

 

L’ethnopsychiatrie : quand la clinique rencontre l’exil et la culture 

Pour Claire, un soin n’a de sens que s’il tient compte de la culture du patient. Appliquer nos grilles de lecture occidentales à des personnes dont le rapport à la souffrance est totalement différent peut mener à de vraies erreurs cliniques. Décentrer son regard devient une nécessité éthique.

La séance devient alors un moment d’échange réciproque. Claire valorise volontiers le savoir des parents : elle raconte par exemple avoir appris d’une mère les techniques traditionnelles pour porter un enfant de six ans, une façon simple d’inverser la hiérarchie habituelle entre soignant et soigné.

 

Le thérapeute comme artisan : vitalité, transmission et supervision

Pour Claire, la psychomotricité intégrative est avant tout un artisanat de la relation. Cette posture demande une vraie vigilance : garder son propre élan pour ne pas se laisser submerger par la dureté de certaines situations, ni par la lourdeur des institutions.

Pour trouver, à chaque instant, ce qui fait vraiment sens, elle se méfie des vérités toutes faites. Avec chaque patient, elle formule des hypothèses de travail, en piochant dans une large boîte à outils (neurosciences, psychanalyse, méthode GDS). 

Sa double casquette de clinicienne et de formatrice, à travers son organisme EntreSens, nourrit sa pratique dans les deux sens. Transmettre l’oblige à mettre des mots précis sur ce qu’elle fait intuitivement, tandis que le terrain empêche sa théorie de devenir rigide.

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Saison 2 épisode 12